Les arbres colonies

Une conférence de Francis Hallé a marqué mon année en terme d'apprentissage du vivant. Il y raconte que les arbres ne sont pas aussi simples que ce que nous voulions le croire. Au début de l'évolution, ils présentaient des structures individuelles comme les bouleaux. Mais au fil du temps, ils ont commencé à créer des structures plus complexes de forme coloniaire, un peu comme le corail. 

J'ai essayé d'imaginer en couleur ce que peuvent donner ces groupements d'individus formant un même tout. Mon petit shéma essaie d'illustrer ce que je perçois maintenant. Mais dans la nature il faudrait des milliers de couleurs pour représenter l'ensemble d'un seul grand arbre.

J'imagine qu'au niveau des racines dans le sol, ce ne doit pas être moins complexe. On sait que sous le sol les racines de diférents arbres qui se rencontrent peuvent se souder entre elles pour former un réseau dont on commence juste à entrevoir les capacités de communication.

L'aspect de colonie est une grande force pour l'arbre qui lui permet de résister à de nombreuses attaques et de continuer à pousser quand son tronc s'est vidé mangé par les champignons. J'ai pu observer sur de très vieux arbres des racines descendant dans l'intérieur du tronc transformé en terreau. 

Sans doute est ce un  atout pour eux, pour se protéger des variations de leur environnement et des attaques diverses qu'ils ont à subir. La forme coloniaire est récente dans l'histoire de l'évolution des arbres. Les espèces plus anciennes étant sur des structures simples individuelles.

Les itérations

J'avais appris enfant qu'un arbre avait un tronc, une tête et des branches. Cela fonctionnait parfaitement pour les sapins, même si certains de temps en temps faisaient deux têtes. C'était déjà plus compliqué pour les vieux chênes, qui semblaient se ramifier en de très nombreuses têtes.
Francis Hallé m'a enrichi de la notion d'itération. Non les arbres n'ont pas que des branches. Ils font aussi des itérations.
Quand un bourgeon dormant sur l'écorce se met à pousser, il le fait du côté visible vers la lumière. Mais dans le même temps, il crée un réseau racinaire qui va descendre le long de l'arbre jusqu'au sol. Ce réseau de fibres va se souder aux autres et devenir ainsi invisible à notre œil. Le bois du tronc de l'arbre est donc construit de milliers de ces réseaux qui se soudent les uns aux autres dans sa partie vivante. Un même arbre peut donc avoir des branches qui partent du cœur et des itérations qui ont commencé leur croissance sur son pourtour bien après ses années juvéniles. Une itération c'est un peu comme un arbre qui pousse sur un arbre. La science par l'analyse ADN vient de confirmer, que ce que nous prenions souvent pour des êtres uniques, étaient en fait des colonies d'individus rassemblés dans un même tout.

Des greffes et des boutures

Tout cela permet de comprendre pourquoi on peut greffer certains arbres ou les bouturer. Un arbre greffé est forcément une colonie. Avec un tronc d'une variété et des iterations d'autres variétés. Ce qui nous permet de multiplier entre autre les pommes à notre guise et selon nos goûts, depuis des milliers d'années. 

Cela explique aussi en partie cette magie à mes yeux qu'est la bouture. Quand on prend un bout de branche que l'on replante en hiver et qui repousse au printemps créant un nouvel individu ou plutôt un nouvel ensemble d'individus.

Et les plantes

De nombreuses plantes font aussi des itérations, comme les lavandes, le thym, les sauges. C'est d'ailleurs pour cela qu'on peut les bouturer avec la technique des boutures à talon. On prend ainsi dans le morceau de bois plus ancien que constitue le talon, une partie du réseau racinaire déjà existant du morceau de plante qu'on veut bouturer.

Les tomates sont célèbres pour leur nombreuses itérations que l'on appelle gourmands, qui suscitent chaque année de nombreux débats pour savoir s'il faut les couper ou les laisser.

Le végétal est vraiment magique.

Autres ressources

Remerciements

Remerciements à l'équipe de Ver de terre production pour leur généreux travail de divulgation libre des savoirs et à Francis Hallé pour ses recherches.

 

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